9 cartes
Douze numéros, neuf cartes, onze ans. Pokémon Wonderland n'était pas un magazine autonome mais un hors-série des magazines scolaires de Shogakukan, et sa carte était collée sur une page à l'intérieur.
Deux publications portent le même titre
C'est la première chose à démêler. Un Pokémon Wonderland paraît le 23 août 1997, suivi d'un « Wonderland 2 » le 23 mars 1998. Ces deux numéros n'encartent aucune carte : leur supplément, ce sont des tampons.
La publication renaît le 20 décembre 2003, cinq ans plus tard, et c'est ce numéro qui encarte la première carte de l'histoire du titre, un Metang. Il ne s'appelle pas « volume 1 » mais « 2004 », et le numéro suivant s'appelle « vol. 2 ». La raison est documentée : la mention « vol. » a été ajoutée pour éviter la confusion avec le Wonderland 2 de 1998.
Autrement dit, le magazine a deux vies, et seule la seconde donne des cartes.
Ce n'est pas un magazine, c'est un supplément de magazines scolaires
Le titre complet déposé au dépôt légal japonais est sans ambiguïté : 学年別学習雑誌特別増刊 小学館スペシャル ポケモンワンダーランド, numéro spécial hors-série des magazines d'apprentissage par année scolaire. La source japonaise précise toutefois que c'est le positionnement d'origine, 当初は, ce qui laisse ouverte la possibilité que le titre s'en soit émancipé par la suite.
Wonderland est donc littéralement une émanation de la famille 小学一年生 à 小学六年生, les six magazines scolaires de Shogakukan, ceux-là mêmes qui ont distribué quinze autres cartes entre 2003 et 2006. Ce n'est pas une coïncidence de catalogue, c'est la même maison, la même collection, le même dispositif.
La numérotation le confirme. Le 017/PCG-P est une carte de magazines scolaires de juillet 2004 et le 018/PCG-P est la carte du Wonderland du 17 juillet 2004 : deux Deoxys consécutifs, le même mois. Même chose en 2006 avec les 150, 151 et 152/PCG-P, trois numéros qui se suivent, deux pour les magazines scolaires et un pour Wonderland.
Le dispositif des magazines scolaires mérite d'ailleurs qu'on le décrive, parce qu'il éclaire celui de Wonderland. Ce sont des 付録, des encarts physiques livrés avec le magazine acheté en kiosque, ni envoi sur demande ni tirage au sort, et les cartes y allaient par paires sur deux numéros consécutifs.
Sur la façon exacte dont les paires étaient réparties, les sources se contredisent. L'encyclopédie anglophone décrit un chassé-croisé, une carte dans les numéros d'août des niveaux pairs et l'autre dans ceux des niveaux impairs, puis l'inverse en septembre, de sorte que chaque élève ait les deux. Les bases japonaises donnent au contraire une carte par mois pour les six niveaux à la fois, et l'une d'elles se contredit d'une page à l'autre. Nous ne tranchons pas.
La périodicité était irrégulière, pas trimestrielle. Le magazine sortait quand un jeu paraissait ou qu'un film sortait. C'est ce qui produit le rythme apparent de décembre, mars et juillet.
Le numéro de juillet sortait le jour du film
C'est la conséquence la plus spectaculaire de cette règle, et elle se vérifie quatre fois sur quatre.
| Numéro | Date de parution | Film sorti ce jour-là | Carte encartée |
|---|---|---|---|
| Vol. 2 | 17 juillet 2004 | Deoxys, le visiteur du ciel | Deoxys du ciel déchiré |
| Vol. 5 | 16 juillet 2005 | Lucario et le mystère de Mew | Manzaï de Rota |
| Vol. 8 | 15 juillet 2006 | Le prince de la mer, Manaphy | Pijako d'Akuusha |
| Vol. 9 | 14 juillet 2007 | Dialga contre Palkia contre Darkrai | Darkrai |
Les quatre dates reculent d'un jour chaque année parce que la sortie tombait toujours un samedi de mi-juillet. Et la carte ne se contente pas de représenter le bon Pokémon, elle emprunte le vocabulaire du film. Le Deoxys de 2004 s'appelle 裂空のデオキシス quand le film s'intitule 裂空の訪問者, le visiteur du ciel déchiré. Le Manzaï de 2005 est « de Rota », le royaume du film de Lucario. Le Pijako de 2006 est « d'Akuusha », le temple englouti du film de Manaphy.
Les numéros hors été ne sont pas des restes
| Numéro | Date | Carte | Ce qu'elle avait de particulier |
|---|---|---|---|
| 2004 | 20 décembre 2003 | Metang | la première, illustration inédite de Mitsuhiro Arita |
| Vol. 3 | 17 décembre 2004 | Deoxys ex | une carte ex, encartée dans un périodique |
| Vol. 4 | 18 mars 2005 | Typhlosion | avant-première de l'extension présentée dans le numéro |
| Vol. 6 | 15 décembre 2005 | Pikachu δ | espèce delta, un Pikachu de type Métal |
| Vol. 7 | 23 mars 2006 | Treecko δ | espèce delta |
Le Deoxys du volume 3 est une carte ex, le sommet de la rareté de l'époque, distribuée dans un périodique de kiosque. Les volumes 6 et 7 encartent des espèces delta, la nouveauté du moment. Et le Typhlosion du volume 4 est la carte de l'extension « Ciel d'or, mer d'argent », présentée dans le même numéro : la carte est l'illustration de l'article.
Aucune carte ne porte la marque du magazine
Nous avons regardé les scans disponibles agrandis. Ni logo, ni mention d'éditeur, ni tampon : rien ne distingue une carte Wonderland d'une autre promotionnelle de la même époque.
Ce n'est pas une fatalité technique, parce que la maison savait faire. Un autre Metang de la même série, le 063/ADV-P distribué au World Hobby Fair, porte un tampon doré WHF sous son illustration. On a donc marqué ce tirage-là et pas celui de Wonderland.
La conséquence est pratique et gênante : le seul identifiant d'un tirage Wonderland est son numéro de collection. Or plusieurs de ces cartes ont des jumelles homonymes. Le Metang existe en 044/ADV-P chez Wonderland et en 063/ADV-P au World Hobby Fair. Le Pijako d'Akuusha existe en 152/PCG-P chez Wonderland le 15 juillet 2006 et en 143/PCG-P dans les chocolats Meiji trois semaines plus tôt : même Pokémon, même nom japonais, deux commanditaires. Chercher par nom donne la mauvaise carte.
Le Darkrai, une carte géante attestée par une seule source
Le Darkrai du volume 9 est la seule des neuf à ne porter aucun numéro de collection, et l'explication est simple : c'est une carte géante. Les cartes jumbo sont hors format, injouables en tournoi, et sortent donc de la numérotation qui indexe les cartes de jeu. Il s'agit d'un agrandissement du Darkrai de l'extension « Ténèbres brillantes ».
Nous le signalons avec une réserve nette. Cette carte n'est attestée que par une seule encyclopédie, dont la propre page consacrée au magazine ne la mentionne pas, et la source japonaise de référence détaille le contenu du volume 9 sans citer le moindre supplément. Nous n'avons trouvé aucune source japonaise pour la confirmer.
À ne pas confondre non plus avec un tout autre objet : un Darkrai distribué en 2014 dans les jeux vidéo porte le nom de dresseur « Wonderland ». Il n'a aucun rapport avec le magazine, et il remonte en premier dans les recherches.
La fin, qui n'est pas là où on croit
La série ne s'arrête pas au volume 9. Un volume 10 paraît le 18 octobre 2008, et son supplément n'est pas une carte mais un boîtier de rangement. Un volume 11 a été annoncé pour décembre 2008 puis abandonné, le feuilleton manga qui devait y paraître ayant été publié directement en volume relié.
Trois mois après le volume 9, en octobre 2007, Shogakukan lance Pokémon Fan, même collection, même formule irrégulière calée sur les sorties, et des suppléments plus fournis. La publication tourne encore aujourd'hui, bien au-delà de son quatre-vingtième numéro. La source japonaise se garde toutefois de conclure à une succession et écrit que le lien entre les deux titres est inconnu. Nous ne concluons pas non plus.
Le contexte, lui, est sans ambiguïté : toute la famille des magazines scolaires s'effondre juste après. Les titres de cinquième et sixième année ferment à la fin de l'année scolaire 2009, ceux de troisième et quatrième en 2011, celui de deuxième année fin 2016.
Wonderland dans la production de Shogakukan
L'éditeur publie aussi CoroCoro Comic, et l'écart d'échelle est net. En filtrant le champ de distribution des listes de promotionnelles japonaises, on trouve environ quatre-vingt-quinze lignes citant CoroCoro contre neuf pour Wonderland. C'est un ordre de grandeur, pas un décompte de cartes distinctes.
Wonderland est donc un canal marginal en volume mais concentré : une carte par numéro, jamais deux, et trois des neuf ne sont jamais sorties du Japon, le Deoxys du volume 2, le Manzaï du volume 5 et le Pijako du volume 8.




















