2 cartes
La Poste japonaise et Pokémon travaillent ensemble depuis 2005. Timbres, livrets, cartes postales, boîtes aux lettres à l'effigie d'un Pokémon, kit de correspondance pour les enfants du Tōhoku, cachets d'oblitération spéciaux. Vingt et un ans d'opérations régulières.
Tout cela a produit exactement deux cartes à jouer. Elles sont sorties le même jour, dans le même coffret, le 25 août 2021, et elles n'ont jamais été rééditées.
Deux cartes, et les deux timbres les plus célèbres du Japon
Le coffret s'appelait ポケモン切手BOX, le coffret timbres Pokémon, et coûtait 4 000 yens. Il contenait une feuille de timbres autocollants, un jeu de cartes simplifié pour jouer en famille, trois cartonnettes à découper, et deux vraies cartes du jeu, toutes deux illustrées par Mitsuhiro Arita.
| Carte | Numéro | PV | Attaque | Illustrateur |
|---|---|---|---|---|
| Nigosier | 226/S-P | 90 | Triple frappe, 60 dégâts par face sur trois pièces | Mitsuhiro Arita |
| Pikachu | 227/S-P | 60 | Permuter, échange avec un Pokémon de banc | Mitsuhiro Arita |
Leur sujet, lui, est parfaitement identifiable pour un lecteur japonais. Ce sont les deux timbres les plus célèbres de la philatélie moderne du pays, tous deux émis à la fin des années 1940 pendant la Semaine du timbre.
Le Nigosier reprend 月に雁, « Les oies sauvages devant la lune », d'après Hiroshige: trois oiseaux qui descendent en diagonale devant un disque pâle. Sur la carte, les trois oies sont trois Nigosiers, dans la même diagonale, devant la même lune. Le Pikachu reprend 見返り美人, « La belle qui se retourne », d'après Moronobu: une femme en kimono qui tourne la tête par-dessus son épaule. Un détail qu'il vaut mieux tenir au clair, parce que c'est ce que tout le monde se trompe sur ce sujet: le Hiroshige est une estampe gravée sur bois, le Moronobu est une peinture en couleurs sur soie.
Chaque carte à côté de l'œuvre qu'elle reprend. À gauche, Les oies sauvages devant la pleine lune de Hiroshige, source du timbre de 1949. À droite, La belle qui se retourne de Moronobu, source du timbre de 1948. Le Hiroshige est une estampe, le Moronobu une peinture sur soie. Les deux sont dans le domaine public, via Wikimedia Commons.Les attaques citent l'illustration
Le détail qu'on ne voit pas au premier regard est dans le bloc de texte. Le Nigosier a une seule attaque, さんれんづき, la triple frappe, qui demande de lancer trois pièces et inflige 60 dégâts par face. Trois lancers pour trois oiseaux.
Le Pikachu a une seule attaque lui aussi, いれかわる, « permuter », qui renvoie ce Pokémon au banc et en fait monter un autre. Le mot dit l'échange de place, pas la volte-face, donc l'écho est thématique et non littéral, mais c'est le seul geste du jeu qui fait revenir un Pokémon en arrière. C'est la seule chose que ces deux cartes disent de leur origine, et elles le disent par la règle du jeu plutôt que par une mention imprimée.
Le coffret que la Poste a dû mettre en loterie
Le dispositif de vente prévu au départ était classique: précommande sur la boutique en ligne et vente au guichet dans cinquante-quatre bureaux centraux, pour 80 000 coffrets.
Un mois avant la sortie, la Poste change tout. Le tirage passe à 100 000, et la vente bascule intégralement au tirage au sort, explicitement pour éviter les files d'attente. Il faut désormais candidater, par internet ou par carte postale, et seuls les gagnants sont prévenus.
Une part du lot suit un chemin encore plus étroit: 150 coffrets sont réservés aux gagnants d'une loterie par voie postale, à retirer sur le stand Pokémon de l'exposition philatélique internationale de Yokohama, en espèces uniquement, sur présentation de l'avis de gain et d'une pièce d'identité.
L'histoire a une suite qui en dit long. En février 2022, la Poste organise un second tirage au sort portant sur 7 000 coffrets. Ce sont ceux que des gagnants du premier tirage n'étaient jamais venus chercher.
Vingt et un ans de timbres, et aucune carte
La collaboration ne manque pourtant pas de volume. Elle est simplement restée philatélique.
| Date | Émission | Tirage |
|---|---|---|
| 23 juin 2005 | Héros et héroïnes de l'animation, série 1: cinq motifs Pokémon | 13 000 000 timbres |
| 22 juillet 2005 | Livret d'été, timbres autocollants et cartes illustrées | 500 000 livrets |
| 21 janvier 2011 | Feuillet de l’exposition philatélique, Pokémon sur 2 de ses 10 timbres | 30 000 000 timbres, dont 6 000 000 Pokémon |
| 28 juillet 2011 | Le même feuillet en version hologramme, encore 2 timbres sur 10 | 30 000 000 timbres, dont 6 000 000 Pokémon |
| 7 juillet 2021 | Timbres de vœux, feuille à 63 yens, dix motifs sur le jeu de cartes | 10 000 000 timbres |
| 7 juillet 2021 | Timbres de vœux, feuille à 84 yens, dix motifs sur les quatre saisons | 25 000 000 timbres |
| 25 août 2021 | Coffret timbres Pokémon | 100 000 coffrets |
Une ligne de ce tableau mérite d'être sortie du lot, parce qu'elle est à l'origine de la confusion sur le sujet. La feuille à 63 yens du 7 juillet 2021 a pour thème le jeu de cartes : ses dix motifs sont des cartes Pokémon, reproduites en timbres. La Poste japonaise a donc mis dix cartes Pokémon sur des timbres et deux entre les mains du public, à sept semaines d'écart, et seules les secondes se jouent.
La première émission de 2005 est aussi la première tout court. On lit parfois que des timbres Pokémon existeraient depuis la fin des années 1990: les listes annuelles d'émissions japonaises de 1997 à 2004 n'en contiennent aucun.
Le plus étonnant est ce qui vient après. Depuis le coffret d'août 2021, la Poste japonaise n'a plus émis un seul timbre Pokémon. Ni en 2022, ni depuis, ni au programme annoncé pour 2027. Même les trente ans de Pokémon, en février 2026, sont passés sans émission postale.
Ce qui a remplacé les timbres: des boîtes aux lettres
La collaboration ne s'est pas arrêtée, elle a changé d'objet. En mars 2021, quatre mois avant les timbres, une boîte aux lettres est installée devant le bureau central de Takamatsu, dans la préfecture de Kagawa, décorée aux couleurs de Ramoloss et surmontée d'une figurine. La Poste la présente comme la première boîte aux lettres permanente au design Pokémon du pays. Ce n'est pas un objet décoratif: le courrier y est relevé normalement.
Le 7 juillet suivant, jour de sortie des timbres de vœux, trois autres apparaissent à Yokohama : deux devant la mairie, aux couleurs de Pikachu et d'Évoli, et une devant le bureau de poste de Sakuragi, aux couleurs de Tiplouf. Prévues pour un an, elles ont été prolongées deux fois et doivent rester en place jusqu'en juin 2027.
Une cinquième, installée à l'intérieur du bureau du port de Yokohama, offrait quelque chose que les autres n'avaient pas: le courrier qui y était déposé recevait un cachet spécial au dessin Pokémon. Celle-là a bien été retirée à la date prévue, en juin 2022, et c'est la seule fois où une oblitération Pokémon a marqué du courrier ordinaire.
Au-delà des timbres il y a la papeterie, et c'est la seule partie du partenariat dont la liste complète nous échappe: Pokémon est aussi apparu sur les cartes postales d'été que la Poste vend chaque année, qui sont une gamme et non une émission. Deux opérations méritent d'être nommées. En 2013, un kit de correspondance monté avec le club de correspondance des jeunes, géré par la Poste depuis 1949, pour mettre en relation des écoliers des zones sinistrées du Tōhoku avec des enfants du reste du pays. En 2014, un ensemble de cartes postales et d'autocollants à 680 yens, vendu dans environ quatre mille bureaux, dont les cartes pouvaient être postées telles quelles.
Ce qui n'a jamais existé
Une croyance tenace veut qu'il ait existé des cartes de vœux du Nouvel An Pokémon vendues au guichet. Il n'y en a jamais eu. Les catalogues annuels de produits du Nouvel An comportent des licences en nombre, mais pas Pokémon.
La seule opération du Nouvel An est numérique. En novembre 2018, à la sortie de Let's Go Pikachu et Let's Go Évoli, des visuels Pokémon apparaissent sur le service d'échange de cartes de vœux en ligne de la Poste, avec les membres du Conseil 4 de Kanto en plus des deux mascottes. Rien d'imprimé, rien à collectionner.
Il n'existe pas non plus de timbre personnalisé Pokémon, ce format régional que la Poste japonaise produit pour quantité de licences. Et les plaques d'égout Pokémon, qu'on associe parfois à la Poste, ne la concernent pas: elles relèvent des réseaux d'assainissement et des collectivités.
La Poste japonaise n'est pas la seule à avoir imprimé du Pokémon. La poste australienne a sorti trois pochettes de timbres, en mai et novembre 2021 puis en septembre 2023, et La Poste française des timbres pour le Pokémon Day de février 2024 et un carnet en juin de la même année. Ni l'une ni l'autre n'a glissé de carte dans le lot, ce qui laisse les deux d'août 2021 toutes seules.
Au total, un partenariat de vingt et un ans, cinq boîtes aux lettres, et deux cartes à jouer sorties le même jour. Additionner les timbres est moins simple qu'il n'y paraît, et c'est là que presque tout le monde se trompe: les deux feuillets de 2011 portaient quatre autres licences à côté de Pokémon, donc leurs trente millions de timbres font six millions de timbres Pokémon et vingt-quatre millions d'autre chose. Ces deux cartes ne portent aucune marque postale, et c'est peut-être le plus juste: ce qu'elles citent n'est pas la Poste, c'est une estampe et une peinture que la Poste avait elle-même citées soixante-dix ans plus tôt.






